Quel aliment à stocker en cas de crise ? Le vrai guide
Aliments à stocker en cas de crise : la liste officielle et le guide complet

En novembre 2025, le gouvernement français a publié le guide Tous Responsables — un document de sensibilisation nationale destiné à préparer les citoyens à faire face aux crises majeures : inondations, tempêtes, pannes généralisées, cyberattaques, voire conflits armés. Ce n’est pas un guide survivaliste marginal. C’est une initiative d’État, diffusée sur les sites de plusieurs ministères, des préfectures et des partenaires institutionnels comme la Croix-Rouge.
Le message est simple, direct et sans ambiguïté : chaque foyer doit être capable de s’alimenter et de boire pendant au minimum 72 heures sans aide extérieure. Les trois premières heures d’une crise, les secours sont déployés. Les trois premiers jours, vous êtes largement seuls.
Ce guide vous donne la liste complète des aliments recommandés — celle de l’État français, enrichie des données nutritionnelles de la FAO et de l’ONU — avec les quantités, les durées de conservation, les règles d’organisation, et une analyse honnête sur ce que cela implique vraiment.
Pourquoi stocker de la nourriture : ce que dit l’État français
La question mérite d’être posée sans détour : est-ce une préoccupation légitime pour un citoyen français ordinaire ?
Selon info.gouv.fr, la réponse officielle est oui — et pour des raisons concrètes et documentées. Une crise majeure peut perturber fortement la vie quotidienne à travers : les coupures d’électricité, les ruptures d’eau courante, les routes impraticables, les coupures de télécommunications, les épidémies, les cyberattaques, et les pannes généralisées. Chaque scénario peut interrompre l’accès aux commerces alimentaires pendant des jours.
Ce n’est pas théorique. Les tempêtes Lothar et Martin de 1999, les inondations dans le Var en 2010, les épisodes de délestage hivernal de 2022-2023, et la pandémie de 2020 avec les ruptures d’approvisionnement en produits essentiels : chaque événement a confirmé que les filières logistiques modernes sont plus fragiles qu’elles n’y paraissent, et que l’autonomie individuelle des premières heures est déterminante.
Le gouvernement français est explicite sur sa philosophie : moins les citoyens sollicitent les secours pour leurs besoins immédiats de base, plus ces secours peuvent se concentrer sur les urgences vitales. Préparer un stock alimentaire n’est pas de l’individualisme — c’est de la solidarité collective.
« Constituez un kit d’urgence. Suivez trois priorités : boire et manger, avoir chaud et se soigner. »
— Guide « Tous responsables », novembre 2025, info.gouv.fr
L’eau avant tout : la priorité absolue des autorités
Avant de parler d’aliments, les autorités françaises placent systématiquement l’eau en première position. Ce n’est pas un détail rhétorique — c’est la hiérarchie physiologique exacte : un être humain survit 3 semaines sans nourriture, mais seulement 3 jours sans eau.
La recommandation officielle : 6 litres par personne minimum
Le guide Tous Responsables du gouvernement, repris par la Sécurité Civile et Géorisques, recommande 6 litres d’eau par personne pour couvrir les 72 premières heures de crise — soit 2 litres par jour pour boire et assurer une hygiène minimale. Pour une famille de quatre personnes, cela représente 24 litres à stocker au minimum.
Pour une autonomie d’une semaine, il faut doubler la réserve. Pour deux semaines, quadrupler. Prévoyez des bouteilles de petite contenance (1,5 litre) plutôt que des grands bidons — elles sont plus maniables et s’ouvrent indépendamment, ce qui limite le risque de contamination.
Eau et cuisson : une contrainte majeure
La principale raison pour laquelle la liste officielle recommande des aliments ne nécessitant pas de cuisson est précisément liée à l’eau : cuisiner consomme de l’eau de manière significative. En situation de crise avec stock d’eau limité, chaque litre d’eau de cuisson est un litre de moins pour s’hydrater. La règle pratique : si votre réserve d’eau est inférieure à 4 litres par jour et par personne, privilégiez les aliments consommables froids ou tièdes.
Pour compléter votre réserve d’eau ou la purifier si nécessaire, consultez notre guide sur les filtres à eau de survie et les pastilles de purification.
La liste alimentaire officielle de la Sécurité Civile
Voici ce que l’État français recommande officiellement de stocker, tel que publié par la Direction générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises et Géorisques.gouv.fr :
- Nourriture non périssable ne nécessitant pas de cuisson : conserves de légumes, de fruits, de poisson (thon, sardines, maquereau), de viande (pâté, rillettes, corned beef)
- Barres énergétiques : compactes, longue conservation, consommables sans préparation
- Fruits secs : abricots, raisins, dattes, figues, pruneaux — riches en sucres rapides, en fibres et en minéraux
- Petits pots pour bébé : si le foyer comprend des nourrissons ou très jeunes enfants
- Nourriture pour animaux de compagnie si applicable
- Eau : 6 litres minimum par personne pour 72h (2 litres/jour)
Cette liste officielle est volontairement minimaliste et axée sur le kit 72h. Elle est conçue pour être constituée en quelques heures, transportable, et utilisable sans aucune infrastructure (ni gaz, ni électricité, ni eau courante). Elle correspond au scénario de gestion d’urgence immédiate.
Pour une réserve plus longue — une semaine, deux semaines ou davantage — il faut aller au-delà de cette liste officielle tout en restant cohérent avec ses principes : longue conservation, haute densité nutritive, simplicité de préparation.
Besoins caloriques : ce que disent la FAO et l’ONU
Stocker de la nourriture sans comprendre les besoins nutritionnels, c’est risquer de constituer une réserve qui ne nourrit pas vraiment. Les chiffres de référence viennent des organisations internationales.
Le seuil de sous-nutrition selon la FAO
La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) définit la sous-nutrition comme un apport calorique journalier inférieur à 1 200 kcal pour un adulte. C’est le seuil physiologique minimum absolu — en dessous, le corps commence à puiser dans ses réserves musculaires et les fonctions cognitives se dégradent rapidement.
Selon les données de l’Organisation des Nations Unies, la faim est définie comme l’impossibilité de mener une vie normale et active faute d’apport calorique suffisant. Pour un adulte en activité légère à modérée, le besoin est de 2 000 à 2 500 kcal par jour.
Ce que ça signifie concrètement pour votre stock
Pour une personne, sur 72 heures, votre stock alimentaire minimum doit apporter entre 3 600 kcal (minimum absolu FAO) et 7 500 kcal (activité normale). La cible réaliste pour un adulte en situation de crise avec stress physique et émotionnel : environ 5 400 kcal pour 72h, soit 1 800 kcal/jour.
Pour une famille de quatre adultes sur une semaine, le stock doit couvrir environ 56 000 kcal. À titre de repère : un kilo de riz cuit fournit environ 1 300 kcal ; une boîte de thon de 150g apporte environ 150 kcal de protéines ; 100g de noix de cajou fournissent près de 550 kcal.
Ces données de la FAO sur les besoins nutritionnels sont le socle de toute planification alimentaire sérieuse en situation d’urgence.

Céréales et féculents : la base énergétique
C’est la catégorie la plus importante en volume et en valeur calorique. Les céréales et féculents constituent la colonne vertébrale de tout stock alimentaire d’urgence — pour leurs calories, leur durée de conservation, leur polyvalence et leur coût accessible.
Le riz blanc
Le riz blanc est la référence mondiale des stocks alimentaires d’urgence — et pas par hasard. Sa durée de conservation atteint 5 ans et plus dans un contenant hermétique à l’abri de la lumière. Il fournit environ 365 kcal par 100g de poids sec. Sa seule contrainte : il nécessite de l’eau pour la cuisson (environ 2 volumes d’eau pour 1 volume de riz). Stockez-le en sacs sous vide ou en bocaux hermétiques avec absorbeurs d’oxygène pour maximiser la durée de conservation.
Les pâtes sèches
Les pâtes alimentaires sèches (spaghetti, penne, fusilli) offrent un ratio calories/prix/durée de conservation exceptionnel : environ 350 kcal/100g, 2 à 3 ans de conservation en conditionnement d’origine. Elles nécessitent de l’eau chaude pour cuire, ce qui les rend moins adaptées au kit 72h strict mais très utiles pour une réserve d’une à quatre semaines.
Les flocons d’avoine
Les flocons d’avoine sont l’option céréalière la plus polyvalente : consommables froids avec de l’eau ou du lait UHT, ils fournissent environ 370 kcal/100g et une excellente quantité de fibres et de minéraux (magnésium, phosphore, zinc). Leur durée de conservation est de 1 à 2 ans. En situation de crise, ils constituent un petit-déjeuner rapide, nourrissant et qui ne nécessite pas de cuisson active.
Les biscottes et crackers secs
Consommables immédiatement sans aucune préparation, les biscottes et crackers secs sont l’aliment le plus proche de la recommandation officielle « sans cuisson ». Durée de conservation : 6 à 12 mois après ouverture, 1 à 2 ans en emballage hermétique d’origine. À consommer avec des conserves de sardines, de thon ou de fromage fondu en portions.
Protéines : légumineuses et conserves de viande et poisson
Les protéines sont indispensables pour maintenir la masse musculaire et les fonctions immunitaires, particulièrement en situation de stress physique. Deux grandes sources sont adaptées au stockage d’urgence.
Les légumineuses sèches
Lentilles, pois chiches, haricots blancs, haricots rouges, pois cassés : ce sont les protéines végétales de stockage par excellence. Durée de conservation : 1 à 3 ans en stockage sec et hermétique. Apport protéique : environ 24-26g de protéines pour 100g de poids sec. Leur avantage majeur est leur polyvalence — soupes, purées, salades — et leur faible coût. Leur contrainte : elles nécessitent un trempage (8 à 12 heures) et une cuisson longue, donc de l’eau et une source de chaleur. Pour un kit 72h en mode « pas de cuisson », préférez les conserves de légumineuses déjà cuites.
Les conserves de poisson
La Sécurité Civile les mentionne explicitement dans sa liste. Le thon, les sardines et le maquereau en conserve sont parmi les aliments les plus nutritionnellement complets du kit d’urgence : protéines complètes (20-25g/100g), acides gras oméga-3, vitamines D et B12. Durée de conservation : 3 à 5 ans selon les marques et les conditions de stockage. Consommables directement sans chauffage avec des biscuits ou du riz froid.
Les conserves de viande
Pâtés de campagne, rillettes, corned beef, poulet en conserve : ils complètent le profil protéique et apportent des lipides animaux qui contribuent à la satiété. La densité calorique est élevée (200 à 350 kcal/100g selon les produits). Durée de conservation : 2 à 5 ans. À associer avec du pain ou des biscottes.
Le lait en poudre et les fromages à longue conservation
Le lait entier en poudre apporte des protéines (26g/100g), du calcium, et des graisses — il est reconstituable avec de l’eau froide et se conserve 1 à 2 ans. Les fromages à longue conservation (fromage de garde, parmesan râpé en pot) apportent calcium et protéines avec 12 à 24 mois de conservation. Le lait UHT en briques (6 mois de conservation) est également une excellente option pour les foyers avec jeunes enfants.
Fruits et légumes de longue conservation
C’est la catégorie la plus souvent négligée dans les stocks d’urgence — et pourtant, les carences en vitamines C, A et en fibres apparaissent rapidement en situation de crise prolongée. La FAO et l’OMS alertent régulièrement sur les carences micronutritionnelles lors des urgences humanitaires.
Les fruits secs
Les fruits secs — abricots, raisins, dattes, figues, pruneaux, cranberries — figurent explicitement dans la liste officielle de la Sécurité Civile. Leur avantage : ils concentrent les sucres, les fibres, les minéraux (potassium, fer) et certaines vitamines dans un volume réduit. Durée de conservation : 6 à 12 mois en contenant hermétique. À consommer en collation, mélangés à des céréales ou intégrés dans des préparations simples.

Les conserves de légumes et de fruits
Tomates pelées, haricots verts, maïs, pois, compotes sans sucre ajouté : la conserve est l’outil central pour intégrer des légumes et des fruits dans un stock d’urgence. La durée de conservation des conserves métalliques atteint 2 à 5 ans dans de bonnes conditions (ni chaleur excessive, ni humidité). Consommez-les directement sans chauffage si nécessaire — les légumes en conserve sont déjà cuits.
Les légumes lyophilisés
Le lyophilisé (freeze-dry) est la technologie la plus avancée pour le stockage de longue durée : jusqu’à 25 ans de conservation pour certains produits, légèreté maximale, préservation presque intacte des nutriments. Son inconvénient est le prix, nettement supérieur aux conserves classiques. Intéressant pour une réserve longue durée ou pour les rations de survie spécialisées.
Lipides, sucres et compléments énergétiques
Les huiles végétales
L’huile d’olive, de tournesol ou de colza apporte des lipides essentiels et une densité calorique très élevée (environ 900 kcal/100ml). Durée de conservation : 1 à 2 ans en bouteille hermétique à l’abri de la lumière et de la chaleur. Une petite quantité d’huile suffit à enrichir considérablement la valeur calorique d’un repas de riz ou de légumineuses.
Le miel
Le miel est l’un des rares aliments à durée de conservation pratiquement illimitée — il a été retrouvé dans des tombes égyptiennes vieilles de 3 000 ans, encore consommable. Il apporte des sucres rapides (environ 300 kcal/100g), a des propriétés légèrement antibactériennes, et est consommable directement ou dissous dans de l’eau pour une boisson sucrée rapide. À stocker en bocaux hermétiques.
Le sucre blanc et le sel

Le sucre et le sel ont une durée de conservation illimitée s’ils sont stockés au sec et à l’abri de l’humidité. Le sel est un exhausteur de saveur essentiel pour rendre les repas d’urgence tolérables sur la durée, et joue un rôle physiologique dans l’équilibre électrolytique. Le sucre fournit des calories rapides et permet de sucrer des boissons chaudes ou des céréales.
Les noix et oléagineux
Noix, amandes, noisettes, noix de cajou, arachides : les oléagineux sont parmi les aliments les plus caloriquement denses et nutritionnellement complets du stock d’urgence. Environ 550 à 650 kcal pour 100g, avec des protéines, des lipides de qualité, des minéraux et des vitamines E et B. Durée de conservation : 6 à 12 mois en contenant hermétique à l’abri de la chaleur.
Cas particuliers : nourrissons, personnes âgées, régimes spéciaux
Un stock alimentaire universel n’existe pas. La page gouvernement.fr sur le kit d’urgence souligne explicitement que chaque famille doit adapter son kit à ses particularités : nombre d’enfants, personnes âgées, maladies chroniques, allergies.
Nourrissons et jeunes enfants
La Sécurité Civile mentionne expressément les petits pots pour bébé dans la liste officielle du kit 72h. Pour les nourrissons allaités, le stock alimentaire de la mère prime (et l’allaitement peut se poursuivre même en situation de stress si la mère est hydratée). Pour les bébés nourris au biberon : lait infantile en poudre ou briques UHT en quantité suffisante pour au moins une semaine, eau minérale en bouteilles pour la préparation des biberons, petits pots en verre pour la diversification. Prévoyez un réchaud à gaz (usage extérieur exclusivement) pour chauffer le lait.
Personnes âgées
Les personnes âgées ont des besoins spécifiques souvent sous-estimés en situation de crise : leur sensation de soif est moins fiable (risque de déshydratation plus élevé), leurs besoins en protéines sont proportionnellement plus importants pour préserver la masse musculaire, et leur dentition peut rendre les aliments durs difficiles à consommer. Privilégiez pour eux : soupes en conserve, purées, flocons instantanés, yaourts longue conservation, petits pots, compotes.
Intolérances, allergies et régimes spéciaux
Si le foyer comprend des personnes intolérantes au gluten, diabétiques, végétariennes ou véganes, ou sous traitement nécessitant une alimentation particulière : planifiez leur stock séparément avec des aliments adaptés. Le riz, les légumineuses, les noix et les conserves de légumes sont naturellement compatibles avec la plupart des régimes. Identifiez avec votre médecin ou pharmacien les contraintes alimentaires liées à d’éventuels traitements médicaux, et incluez les informations correspondantes dans votre plan d’urgence familial.
Conservation et organisation : le principe FIFO
Constituer un stock alimentaire est la première étape. Le maintenir utilisable dans le temps est la deuxième — et c’est là que beaucoup de foyers échouent.
Les conditions de stockage idéales
- Température : entre 10 et 20°C. Chaque hausse de 10°C réduit environ de moitié la durée de conservation des aliments. Évitez les garages non isolés, les combles et les caves humides
- Humidité : inférieure à 60% d’humidité relative. L’humidité favorise la moisissure et accélère l’oxydation. Utilisez des contenants hermétiques pour les aliments secs
- Lumière : à l’abri de la lumière directe, en particulier du soleil. La lumière UV dégrade les vitamines et accélère le rancissement des huiles
- Nuisibles : conservez les aliments secs dans des bocaux en verre ou des boîtes métalliques hermétiques pour éviter les insectes et les rongeurs
Le principe FIFO : First In, First Out
Le FIFO — premier entré, premier sorti — est la règle d’or de la gestion de stock alimentaire. Concrètement : placez toujours les nouvelles acquisitions derrière les aliments déjà en stock, et consommez systématiquement ce qui expire en premier. Organisez vos étagères avec les dates de péremption lisibles en façade. Vérifiez l’état de votre stock une fois par an minimum — en particulier les dates de péremption des médicaments, qui figurent dans votre kit global, et des conserves.
Un stock qui tourne est un stock qui ne coûte rien : vous consommez ce que vous avez stocké avant péremption et le remplacez régulièrement. C’est précisément cette logique de rotation que recommande Géorisques.gouv.fr : « En cas d’utilisation, n’oubliez pas de réapprovisionner votre kit. »
Tableau comparatif : 5 aliments essentiels pour un stock de crise
Sélection basée sur les critères combinés de densité calorique, durée de conservation, facilité de préparation, coût et polyvalence nutritionnelle.
| Aliment | Calories/100g | Durée conservation | Préparation | Prix indicatif/kg | Atout principal |
|---|---|---|---|---|---|
| Riz blanc (sec) | ~365 kcal | 5 ans + (hermétique) | Cuisson eau chaude | ~1–2 € | Base calorique la moins chère, universelle, très longue durée |
| Lentilles sèches | ~340 kcal (+ 26g protéines) | 2–3 ans | Cuisson sans trempage (lentilles corail : 20 min) | ~2–3 € | Protéines végétales complètes, fibres, fer, magnésium |
| Thon en conserve | ~150 kcal (+ 25g protéines) | 3–5 ans | Aucune — prêt à consommer | ~8–12 € | Protéines complètes sans cuisson, oméga-3, recommandé officiellement |
| Fruits secs (abricots, dattes) | ~250–280 kcal | 6–12 mois (hermétique) | Aucune — consommable immédiatement | ~6–10 € | Sucres rapides, fibres, minéraux — recommandés Sécurité Civile |
| Noix de cajou / amandes | ~560–580 kcal | 6–12 mois | Aucune — consommable immédiatement | ~10–18 € | Densité calorique maximale, lipides de qualité, vitamines E et B |
Analyse et conclusion : ce que votre stock alimentaire dit vraiment de votre préparation
Il est tentant de traiter la question des aliments à stocker en cas de crise comme une simple liste de courses. Mais après avoir étudié les recommandations officielles françaises, les données nutritionnelles de la FAO et les retours d’expérience des crises récentes, on réalise que le sujet dit quelque chose de beaucoup plus profond sur la façon dont nos sociétés gèrent — ou ne gèrent pas — leur vulnérabilité collective.
L’État a changé de posture : de la gestion de crise à la résilience individuelle
La publication du guide Tous Responsables en novembre 2025 marque un tournant clair dans la communication gouvernementale française. Pendant des décennies, la gestion de crise était une affaire d’État — les citoyens attendaient que les services publics les secourent. Ce paradigme a montré ses limites lors de chaque crise majeure depuis 2000 : les secours ne peuvent pas être partout en même temps, et les premières 72 heures sont systématiquement les plus chaotiques.
La demande officielle de résilience individuelle n’est pas un désengagement de l’État. C’est une répartition plus réaliste des responsabilités : l’État organise les secours à grande échelle, les citoyens assurent leur survie immédiate de base. Info.gouv.fr est explicite : « Moins sollicités, les services de secours sont alors mieux à même de répondre aux urgences, donc de sauver d’autres vies. » Un stock alimentaire familial bien constitué n’est donc pas un acte d’individualisme — c’est une contribution concrète à la résilience collective.
Le fossé entre la recommandation et la réalité
La recommandation officielle de 72h est un minimum absolu, conçu pour la gestion d’urgence immédiate. Or, plusieurs crises récentes ont montré que les perturbations peuvent durer bien plus longtemps : des semaines sans électricité dans certaines zones après les tempêtes de 1999 et les inondations de 2010, des mois de perturbations logistiques pendant la pandémie de 2020. La FAO documente depuis des années que les crises alimentaires les plus sévères ne frappent pas les pays qui manquent de nourriture à l’échelle nationale, mais ceux dont les systèmes de distribution sont rompus.
La France n’est pas à l’abri de ruptures de distribution. Les scénarios documentés par l’ANSSI (cyberattaques contre les infrastructures critiques), les événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, et les tensions géopolitiques croissantes plaident tous pour une réserve personnelle nettement supérieure aux 72h officielles. Une semaine d’autonomie alimentaire est un objectif raisonnable. Deux semaines est une posture sage pour les foyers qui le peuvent.
La nutrition en crise : le parent pauvre de la préparation
Beaucoup de personnes qui constituent un stock alimentaire commettent la même erreur : elles stockent des calories sans se soucier de leur équilibre nutritionnel. Le riz et les pâtes seuls — même en quantité suffisante sur le plan calorique — provoquent des carences en protéines, en vitamines C et du groupe B, et en minéraux dès la deuxième semaine. Les données de la FAO sur les besoins nutritionnels sont sans ambiguïté : un apport calorique suffisant ne garantit pas une nutrition adéquate.
La leçon pratique est simple : diversifiez. Un stock alimentaire robuste comprend des sources de protéines (légumineuses + conserves de poisson ou viande), des lipides de qualité (noix, huile), des sucres complexes et rapides (céréales + fruits secs), et des micronutriments (conserves de légumes + fruits secs). C’est précisément la diversité que recommandent implicitement les autorités françaises en listant ces différentes catégories dans le kit d’urgence.
Le stock alimentaire comme thermomètre de la préparation globale
Voici une vérité que peu d’articles sur ce sujet osent énoncer : le stock alimentaire n’est efficace que s’il s’inscrit dans une préparation cohérente. Des conserves dans un placard sans eau potable stockée, sans ouvre-boîte, sans moyen d’information (radio à piles), sans couverture de survie pour maintenir une température viable — c’est un stock inutilisable en situation réelle.
La recommandation de la Sécurité Civile et du guide Tous Responsables ne sépare jamais l’alimentation du reste : l’eau, la chaleur, les soins de première urgence, la communication et la documentation constituent un système intégré. Notre guide sur le kit de survie complet couvre l’ensemble de ces dimensions.
Commencez petit, mais commencez maintenant
La conclusion la plus utile de cette analyse n’est pas une liste exhaustive de produits à acheter en une fois. C’est une invitation à l’action progressive : commencez par le kit 72h officiel — six litres d’eau, quelques conserves, des fruits secs, des barres énergétiques. Cela tient dans un sac, coûte moins de 30 euros, et peut être constitué en deux heures. Vérifiez-le une fois par an. Étendez-le progressivement vers une semaine d’autonomie.
La Sécurité Civile le dit mieux qu’on ne pourrait le faire : « Constituez-le sans attendre et vérifiez régulièrement son contenu, c’est important. » Dans un monde où les crises — climatiques, sanitaires, géopolitiques ou technologiques — sont moins des exceptions que des récurrences, l’autonomie alimentaire de base n’est plus une préoccupation de niche. C’est une compétence citoyenne ordinaire.
FAQ — Les questions que vous posez vraiment sur les aliments à stocker en cas de crise
Quels aliments faut-il stocker en cas de crise selon le gouvernement français ?
Selon la Sécurité Civile française et le guide Tous Responsables du gouvernement (novembre 2025), les aliments prioritaires à stocker sont : nourriture non périssable ne nécessitant pas de cuisson (conserves de légumes, fruits, poisson, viande), barres énergétiques, fruits secs, petits pots pour bébé si applicable. L’eau est la priorité absolue : 6 litres minimum par personne pour 72h.
Combien d’eau stocker par personne en cas de crise ?
Le guide gouvernemental Tous Responsables (novembre 2025), repris par Géorisques.gouv.fr, recommande 6 litres d’eau par personne pour les 72 premières heures — soit 2 litres par jour pour boire et assurer une hygiène minimale. Pour une famille de quatre personnes, prévoyez au minimum 24 litres. Pour une semaine, 56 litres. Stockez-les en petites bouteilles hermétiques à l’abri de la lumière et de la chaleur.
Combien de calories stocker par personne et par jour en cas de crise ?
La FAO définit la sous-nutrition comme un apport inférieur à 1 200 kcal/jour — c’est le seuil minimum absolu. Un adulte en activité normale a besoin de 2 000 à 2 500 kcal/jour selon l’ONU. Pour un stock d’urgence fonctionnel, visez 1 800 kcal minimum par personne et par jour, répartis entre glucides (céréales, légumineuses), protéines (conserves, légumineuses) et lipides (huile, noix).
Quelle est la durée de conservation des aliments secs stockés ?
Les durées varient selon les produits : riz blanc et pâtes sèches (2 à 5 ans en contenant hermétique), conserves métalliques (2 à 5 ans), légumineuses sèches (1 à 3 ans), flocons d’avoine (1 à 2 ans), fruits secs (6 à 12 mois en contenants fermés), miel (pratiquement illimité), sel et sucre (illimité). Appliquez toujours le principe FIFO (First In, First Out) : consommez d’abord ce qui expire en premier, remplacez aussitôt.
Peut-on stocker des aliments sans avoir beaucoup de place ?
Oui — un kit 72h pour une personne tient dans un sac de randonnée de 40 litres. Pour optimiser l’espace en appartement : utilisez l’espace sous les lits, des boîtes hermétiques empilables, des étagères en hauteur dans les placards. Privilégiez les aliments à fort ratio calories/volume : riz, pâtes, lentilles, barres énergétiques compactes, fruits secs. Évitez les produits très volumineux pour peu de valeur nutritive.
Comment conserver les aliments stockés sans électricité ?
Les aliments secs (riz, pâtes, légumineuses, céréales) et les conserves métalliques ne nécessitent aucune électricité pour leur conservation — c’est précisément leur principal atout pour un stock d’urgence. Stockez-les dans un endroit frais (10 à 20°C), sec, à l’abri de la lumière et des nuisibles. En cas de panne de courant, gardez les portes du réfrigérateur et du congélateur fermées : le réfrigérateur conserve 4 à 6 heures, le congélateur 24 à 48 heures.
Quels aliments stocker pour un nourrisson ou un jeune enfant en cas de crise ?
La Sécurité Civile mentionne explicitement les petits pots pour bébé dans le kit d’urgence 72h. Stockez également : lait infantile en poudre ou briques UHT, eau minérale en bouteilles pour préparer les biberons, céréales infantiles, compotes en gourdes ou petits pots verre. Prévoyez un réchaud à gaz portable pour usage extérieur uniquement, pour chauffer le lait — ne jamais utiliser un réchaud à gaz en espace fermé.












