Insectes comestibles en France : liste complète, identification et usage en situation de survie
Le premier contact avec un grillon frit, c’était dans les Cévennes, lors d’un stage de survie en pleine garrigue. On n’avait plus grand-chose dans le sac, le bivouac était posé depuis deux jours, et le formateur m’a tendu ce truc tout croustillant avec un sourire en coin. J’ai hésité dix secondes. Puis j’ai croqué. Goût de noisette, texture légèrement croquante, aucun arrière-goût désagréable. Ce jour-là, j’ai compris quelque chose que les livres de survie ne formulent jamais clairement : les insectes ne sont pas un plan B désespéré. Ils sont une ressource alimentaire dense, fiable et accessible, à condition de savoir lesquels chercher et comment les préparer.
En France, le sujet reste tabou pour beaucoup. Pourtant, la réalité du terrain est simple : dès qu’on sort en pleine nature, on est entouré de protéines vivantes. Le problème n’est pas de trouver des insectes comestibles — ils sont partout. Le problème, c’est de les identifier correctement, de comprendre le cadre légal qui encadre leur commercialisation, et de savoir quoi faire avec une fois qu’on les a en main. C’est exactement ce que cet article va couvrir, sans survivalisme anxiogène ni folklore inutile.

Pourquoi les insectes sont une ressource sérieuse en contexte de survie
Avant toute liste, posons les bases. La FAO — Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture — recense plus de 1 900 espèces d’insectes consommées par l’être humain dans le monde. Ce chiffre n’est pas anecdotique. Il traduit une réalité alimentaire ancestrale que l’Occident a simplement oubliée. En Asie du Sud-Est, en Afrique centrale, en Amérique latine, les insectes occupent depuis des millénaires une place centrale dans l’alimentation quotidienne — non par défaut, mais parce qu’ils constituent l’une des sources protéiques les plus efficientes qui soit.
Sur le plan nutritionnel, les chiffres sont difficiles à ignorer. Les grillons séchés contiennent entre 60 et 70 g de protéines pour 100 g de matière sèche. Le bœuf en contient environ 26 g à poids équivalent. Le ratio est sans appel. À cela s’ajoutent des teneurs élevées en fer biodisponible, en zinc, en calcium, en magnésium, et en acides gras oméga-6. Les larves de coléoptères apportent une densité calorique remarquable — environ 200 à 250 kcal pour 100 g de matière fraîche — ce qui en fait un carburant d’urgence efficace lors d’un effort physique prolongé.
La FAO souligne dans son rapport de référence sur l’entomophagie que les insectes présentent également un impact environnemental incomparablement inférieur à celui de l’élevage conventionnel : ils émettent jusqu’à 100 fois moins de gaz à effet de serre par kilogramme de protéines produites, et nécessitent entre 10 et 20 fois moins de surface agricole que le bœuf à rendement équivalent. Pour le randonneur ou le bushcrafter, cette information est secondaire — ce qui compte en terrain, c’est la densité nutritionnelle dans un volume minimal.
Le cadre légal en France et en Europe : ce qu’il faut savoir
La question juridique revient systématiquement quand on aborde les insectes comestibles en France. Clarifions une fois pour toutes.
La consommation personnelle d’insectes sauvages prélevés dans la nature ne fait l’objet d’aucune interdiction légale en France. Vous pouvez récolter et manger des grillons des champs ou des fourmis dans votre jardin sans enfreindre la moindre règle. Ce qui est réglementé, en revanche, c’est la commercialisation. Depuis le Règlement UE 2015/2283 sur les nouveaux aliments (dit « Novel Food »), tout insecte mis sur le marché pour la consommation humaine doit avoir reçu une autorisation préalable de la Commission européenne, assortie d’une évaluation de sécurité menée par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments).
« Les insectes vivants et transformés peuvent être considérés comme des réservoirs et/ou des vecteurs potentiels d’agents biologiques susceptibles d’affecter la santé de l’homme. »
Ce cadre réglementaire a débouché sur quatre autorisations officielles à ce jour pour la commercialisation en France et dans l’Union européenne :
Le ver de farine jaune (Tenebrio molitor), larve d’un coléoptère, a obtenu la première autorisation en mai 2021. Il peut être commercialisé entier séché, congelé ou en poudre. Le criquet migrateur (Locusta migratoria) a suivi en novembre 2021, sous forme congelée, séchée ou réduite en farine. Le grillon domestique (Acheta domesticus) a été autorisé en février 2022, et le petit ténébrion mat (Alphitobius diaperinus) en juillet 2022. Un règlement entré en vigueur début 2025 a également étendu les conditions d’utilisation du ver de farine en autorisant une forme de poudre traitée aux UV et enrichie en vitamine D3, selon la Commission européenne.
Ce qu’il faut retenir concrètement : les produits à base d’insectes que vous trouvez en commerce respectent ces autorisations et doivent obligatoirement indiquer la présence d’insectes sur l’étiquette, notamment en raison du risque d’allergie croisée avec les crustacés.
Liste des insectes comestibles trouvables en France métropolitaine
C’est ici que les choses deviennent pratiques. Contrairement à ce que l’on croit, la France métropolitaine abrite un nombre non négligeable d’espèces comestibles — certaines très communes, d’autres plus saisonnières ou localisées. La règle d’identification reste toujours la même : certitude absolue avant ingestion, cuisson systématique en situation de survie.
Les fourmis (famille des Formicidae)

Les fourmis charpentières (Camponotus ligniperda) sont parmi les plus grosses fourmis d’Europe et se trouvent dans les zones boisées de montagne et de plaine. Leur abdomen contient de l’acide formique — d’où leur saveur légèrement acidulée. Les larves et nymphes de fourmis rousses des bois (Formica rufa), réunies dans les fourmilières caractéristiques en dôme d’aiguilles, constituent une source protéique intéressante. Attention cependant : Formica rufa est une espèce protégée dans plusieurs régions françaises — vérifiez la réglementation locale avant intervention.
Les fourmis adultes peuvent se consommer crues (elles ont un goût acide marqué), mais la cuisson brève à sec dans une poêle ou sur une pierre chauffée améliore considérablement la palatabilité. Les larves blanches sont nettement plus douces et plus riches en graisses.
Les grillons des champs (Gryllus campestris)

Reconnaissable à son corps trapu, noir brillant, ses pattes postérieures puissantes et son chant caractéristique au crépuscule, le grillon des champs est l’une des meilleures ressources alimentaires d’insectes en France. Il vit dans les prairies ensoleillées, les talus, les lisières de garrigue et les zones méditerranéennes. Sa densité protéique est parmi les plus élevées des insectes européens, et son goût — une fois grillé — s’apparente à celui de la noisette grillée avec une légère note de champignon.
Pour le capturer, cherchez les terriers en forme de galerie courte dans les sols meubles exposés au soleil. L’activité nocturne facilite le ramassage à la lampe. Sur le terrain, une purge de 12 à 24 heures dans un contenant propre avec un peu d’herbe fraîche améliore sensiblement le goût final.
Les sauterelles vertes (Tettigonia viridissima) et les criquets

Parmi les Orthoptères présents en France, plusieurs espèces sont comestibles et identifiables sans ambiguïté par leur silhouette typique — pattes postérieures sauteuses très développées, corps allongé. La grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima), commune dans les prairies humides et les haies de juillet à octobre, est l’une des plus représentatives. Les criquet (comme Chorthippus brunneus ou Chorthippus parallelus) sont également comestibles.
La préparation est simple : retirez les pattes et les ailes, et grillez sur braise jusqu’à coloration dorée. Les Orthoptères sont particulièrement riches en protéines (55 à 65 % de la matière sèche) et en calcium. Attention de bien distinguer les espèces communes des espèces protégées — certains criquets rares bénéficient d’une protection nationale en France.
Les larves de coléoptères
C’est sans doute la ressource la plus abondante et la plus facilement accessible dans les milieux forestiers. Les larves de hannetons (Melolontha melolontha), trouvées dans les sols de prairie et de verger, sont des larves blanches grasses de 2 à 4 cm, à tête brune chitinisée. Les larves de lucane cerf-volant (Lucanus cervus) vivent dans les souches de chênes pourris — mais attention, le lucane cerf-volant est une espèce protégée en France : ne perturbez pas les souches habitées. Préférez les larves de petits coléoptères non protégés.
Ces larves ont une texture crémeuse après cuisson, comparable à celle d’un œuf brouillé dense, avec une légère saveur de champignon. Elles sont riches en lipides et constituent un apport calorique immédiat précieux en contexte de survie.
Les abeilles et guêpes — ressource secondaire

Les larves d’abeilles (Apis mellifera) et de guêpes (Vespula germanica) récoltées dans les rayons sont comestibles et utilisées de longue date dans plusieurs traditions culinaires mondiales. Leur goût est doux, légèrement sucré. En survie, cette ressource reste secondaire : perturber un essaim présente des risques évidents, et les ruches sauvages sont rares. Les larves de guêpes récoltées dans un nid abandonné en fin de saison, en revanche, peuvent constituer un bon apport nutritionnel sans danger.
Les vers de farine sauvages
Les larves de Tenebrio molitor et Tenebrio obscurus se trouvent naturellement dans les greniers, les stocks de farine anciens, les caves humides et les nids d’oiseaux. Ce sont exactement les mêmes espèces que celles autorisées commercialement en Europe. En situation de survie, ils peuvent être consommés crus (après purge), mais la cuisson reste préférable. Leur goût naturel rappelle les graines de tournesol grillées.
Tableau comparatif des insectes comestibles en France
| Espèce | Habitat principal | Protéines (% MS) | Facilité identification | Mode de préparation | Statut légal (vente UE) |
|---|---|---|---|---|---|
| Grillon des champs (Gryllus campestris) | Prairies, garrigue, lisières | 60–70 % | Facile (chant, morphologie) | Grillé, bouilli, séché | Acheta domesticus autorisé |
| Ver de farine (Tenebrio molitor) | Greniers, caves, stocks céréaliers | 52–58 % | Facile (larve jaune distinctive) | Grillé, cru (après purge) | Autorisé UE depuis 2021 |
| Criquet migrateur (Locusta migratoria) | Sud de la France, zones herbeuses | 55–65 % | Bonne (grande taille) | Grillé, en poudre | Autorisé UE depuis 2021 |
| Fourmi charpentière (Camponotus ligniperda) | Forêts de montagne, bois mort | 40–50 % | Moyenne (grande, noir mat) | Crue, grillée | Non autorisé à la vente |
| Larve de hanneton (Melolontha melolontha) | Sols de prairies et vergers | 35–45 % | Facile (larve blanche en C) | Rôtie, bouillie | Non autorisé à la vente |
| Grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima) | Haies, prairies humides, été-automne | 58–68 % | Facile (grande, verte, ailes) | Grillée sur braise | Non autorisé à la vente |
Règles absolues d’identification sur le terrain
Aucune liste d’insectes comestibles ne remplacera l’apprentissage direct de l’identification. Quelques principes fondamentaux pour guider votre jugement sur le terrain.
Les couleurs vives — rouge, jaune orangé, noir associé à des bandes colorées — sont souvent des signaux aposématiques avertissant les prédateurs d’une toxicité potentielle. Ce n’est pas une règle absolue (certains insectes inoffensifs imitent des espèces toxiques, et vice-versa), mais en situation de doute, évitez tout insecte arborant des teintes très saturées. Les insectes à corps mou, larves incluses, sont généralement moins risqués que les adultes dotés d’organes venimeux.
Les coléoptères aux élytres (ailes dures) brillants ou aux pattes épineuses comme certains carabidés sécrètent parfois des substances défensives irritantes. Les chenilles poilues ou velues sont à éviter systématiquement — les poils urticants de nombreuses espèces (comme la processionnaire du pin) provoquent des réactions cutanées et muqueuses sévères. Ce point est non négociable.
La cuisson reste votre meilleure protection. À une température de 70°C maintenue quelques minutes, la majorité des agents pathogènes potentiels — bactéries, parasites, nématodes — sont détruits. En terrain sauvage, une braise de bois dur maintient facilement cette température. Grillés sur pierre chaude ou en brochette sur brindille, même les insectes récoltés dans des conditions imparfaites deviennent consommables sans risque majeur pour un adulte en bonne santé.
Préparation terrain : techniques pratiques pour cuisiner les insectes sans équipement
En bivouac léger ou en situation réelle de survie, vous n’aurez probablement pas de poêle, encore moins d’huile. Voici ce qui fonctionne vraiment.
La méthode la plus simple reste la pierre chauffée. Posée directement sur les braises pendant 10 à 15 minutes, une pierre plate de granite ou de basalte atteint des températures suffisantes pour griller des insectes en quelques minutes. Déposez-les directement dessus, retournez-les une fois, et récupérez-les quand ils sont uniformément bronzés et croustillants. Testés sur grillons des champs dans les Pyrénées ariégeoises un soir de bivouac improvisé : résultat franchement correct, légèrement fumé, qui ressemble à du pop-corn grillé.
Pour les larves, l’embrochage fonctionne bien. Une brindille de bois vert (sans résine) effilée à la pointe, quelques larves enfilées sur la longueur, et cinq à huit minutes au-dessus des braises suffisent. La larve de hanneton gonfle légèrement à la chaleur, prend une couleur dorée et dégage une odeur proche du beurre chaud. Pas désagréable du tout.
Pour les fourmis, la méthode la plus simple est la feuille d’aluminium ou la pierre chaude encore une fois. En revanche, évitez de perturber une colonie entière pour en récolter quelques spécimens — le rendement est mauvais et la réaction défensive des ouvrières peut être douloureuse. Ciblez plutôt les zones de transit des fourmis ou les œufs et cocons situés dans les galeries superficielles.
Insectes comestibles et espèces protégées en France : attention requise
Un point souvent omis dans les articles sur le sujet, et que je trouve essentiel à mentionner. La France protège un nombre significatif d’espèces d’insectes au titre du droit de l’environnement. L’arrêté du 22 juillet 1993 (et ses compléments régionaux) protège notamment plusieurs espèces de lépidoptères, d’orthoptères et de coléoptères. Le lucane cerf-volant est protégé dans toute l’Europe au titre de la directive Habitats. De nombreux criquets rares sont protégés régionalement.
Concrètement : avant de chercher à consommer un insecte en France, assurez-vous d’abord que l’espèce identifiée n’est pas protégée sur le territoire national ou régional. Le site INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel), géré par le Muséum National d’Histoire Naturelle, permet de vérifier le statut de protection de toute espèce sauvage. Cette vérification prend deux minutes et peut vous éviter une amende.
En pratique de terrain : concentrez-vous sur les espèces communes et non protégées — grillons des champs, larves de hannetons dans les vergers, vers de farine dans les vieux greniers, sauterelles communes dans les prairies non remarquables. Ces espèces ne font l’objet d’aucune protection particulière et sont localement abondantes.
Quand les insectes peuvent-ils réellement faire la différence en survie
Il faut être honnête sur ce point. Dans une situation de survie réelle de courte durée — 24 à 72 heures perdus en forêt avec de l’eau disponible — la priorité absolue n’est pas de manger. Un adulte en bonne santé peut fonctionner plusieurs jours sans apport calorique significatif. La déshydratation, l’hypothermie et la désorientation tuent bien avant la faim.
Là où les insectes deviennent une ressource critique, c’est dans les scénarios de survie prolongée : plusieurs jours d’attente des secours, traversée longue sans ravitaillement, situation d’isolement prolongé. Dans ces conditions, maintenir un apport protéique minimal ralentit la perte musculaire et soutient les fonctions cognitives — essentielles pour prendre les bonnes décisions.
Ils deviennent également pertinents pour les pratiquants de bushcraft qui souhaitent allonger leur autonomie sans alourdir le sac, ou pour ceux qui suivent une approche de self-reliance voulant diversifier leurs compétences d’alimentation en nature. Dans ce cadre, les insectes s’inscrivent naturellement aux côtés d’autres compétences comme la purification de l’eau et la récolte de plantes sauvages comestibles.
Produits à base d’insectes comestibles disponibles en France
Les vers de farine séchés (Tenebrio molitor)
👉 Voir les Vers de Farine Séchés Comestibles sur Amazon.fr
Les vers de farine séchés (Tenebrio molitor) constituent la forme la plus polyvalente des insectes comestibles autorisés en Europe. Ces vers conditionnés sous vide présentent une teneur en protéines dépassant 50 %, un apport lipidique modéré, et une excellente conservation à température ambiante — avantage majeur pour le stock de longue durée et l’utilisation en randonnée. Incorporés dans une soupe de survie, une bouillie de céréales ou consommés directement comme snack croquant, ils passent facilement. Leur goût naturel rappelle les graines de tournesol. Ce qu’il faut noter honnêtement : le format conditionné vendu pour oiseaux et reptiles ne remplace pas un produit certifié pour la consommation humaine. Vérifiez systématiquement la mention « adapté à la consommation humaine » sur l’emballage avant tout usage alimentaire direct.
Le livre savoureux insectes
👉 Voir Savoureux Insectes – Livre de référence sur Amazon.fr
Pour tout pratiquant de bushcraft ou de survie qui veut aller au-delà des listes superficielles, ce livre de référence coordonné par des experts du Muséum National d’Histoire Naturelle fait le tour sérieux de la question. Il couvre l’histoire de l’entomophagie depuis l’Antiquité, les espèces consommées dans le monde, les données nutritionnelles comparées, les risques sanitaires réels, et propose des recettes d’intégration culinaire. Sa limite : il aborde davantage le sujet sous l’angle gastronomique et anthropologique que sous celui du terrain de survie pur. Mais comme base de connaissance pour comprendre quelles espèces chercher, comment les préparer et pourquoi elles valent l’effort, c’est la référence francophone la plus complète disponible.
Analyse et conclusion : ce que la plupart des guides n’osent pas dire sur les insectes en survie
Il y a une vérité inconfortable que j’ai mise du temps à formuler clairement, et que je n’ai jamais lue dans les articles grand public sur le sujet : les insectes comestibles en survie sont une excellente ressource théorique que la majorité des gens seront incapables d’utiliser efficacement au moment critique. Non pas par dégoût — qui se dissipe remarquablement vite quand la faim s’installe — mais par manque d’entraînement pratique à l’identification. Reconnaître une Tettigonia viridissima d’une espèce non comestible similaire, ou identifier une larve de hanneton parmi d’autres larves blanches, ça s’apprend sur le terrain, pas dans un livre fermé.
Le randonneur moyen qui emporte ce savoir en tête sans l’avoir jamais pratiqué fera face à une barrière d’incertitude majeure au pire moment. Ma recommandation concrète : organisez des sorties terrain spécifiques à l’identification des insectes avant d’en avoir besoin. Une après-midi avec un guide ou un entomologiste amateur permet d’ancrer des repères visuels que vous ne perdrez plus. Les clubs de naturalisme locaux, les sorties FFCAM et les stages de survie organisés par des professionnels qualifiés offrent ces opportunités.
L’autre point que les articles ignorent : la gestion du dégoût sous stress. En situation réelle d’urgence, le cerveau ne fonctionne pas de façon rationnelle. Les réactions viscérales sont amplifiées, pas atténuées. Des études en psychologie de la survie montrent que la consommation d’aliments inhabituels (insectes inclus) est l’une des tâches les plus difficiles à exécuter sous stress aigu, même chez des personnes ayant pratiqué en conditions normales. C’est une raison supplémentaire d’habituer progressivement son palais — via les produits commerciaux autorisés — plutôt que de compter sur une volonté hypothétique le jour J.
Sur le plan réglementaire, la trajectoire est clairement à l’élargissement. La Commission européenne continue d’instruire de nouveaux dossiers d’autorisation, et selon la FAO, les insectes joueront un rôle croissant dans les stratégies alimentaires mondiales des prochaines décennies. En France, certaines entreprises pionnières comme Micronutris à Toulouse ont démontré qu’un modèle économique viable existe. Ce contexte favorable laisse anticiper une gamme de produits de plus en plus diversifiée à l’horizon des prochaines années.
Pour aller plus loin dans la préparation terrain, compléter votre connaissance des insectes comestibles avec d’autres compétences d’alimentation autonome est une approche solide. La section filtre à eau du site aborde la purification de l’eau sauvage, et nos articles sur les kits de survie détaillent comment construire un sac complet intégrant des solutions alimentaires d’urgence complémentaires. La maîtrise du feu — traitée dans nos guides allume-feu — est évidemment indispensable pour cuire efficacement ce que vous récoltez.
FAQ — Questions fréquentes sur les insectes comestibles en France
Quels insectes peut-on manger en France dans la nature ?
En France métropolitaine, les fourmis charpentières (Camponotus), les grillons des champs (Gryllus campestris), les larves de hanneton (Melolontha), les sauterelles vertes (Tettigonia viridissima) et les vers de farine sauvages figurent parmi les insectes trouvables dans la nature et réputés comestibles après cuisson. Il faut les identifier avec certitude avant consommation, les cuire systématiquement pour détruire les agents pathogènes potentiels, et ne jamais en ramasser près de zones traitées aux pesticides ou en bord de route. Aucune règle française n’interdit de consommer des insectes sauvages à titre personnel, mais leur commercialisation est soumise à autorisation européenne.
Les insectes comestibles sont-ils autorisés en France ?
Oui, sous conditions. La commercialisation des insectes pour la consommation humaine est encadrée par le Règlement UE 2015/2283 sur les nouveaux aliments. Quatre espèces sont officiellement autorisées à la vente dans l’Union européenne : le ver de farine jaune (Tenebrio molitor), le criquet migrateur (Locusta migratoria), le grillon domestique (Acheta domesticus) et le petit ténébrion mat (Alphitobius diaperinus). Consommer des insectes sauvages à des fins personnelles ne relève d’aucune interdiction légale en France. Toute mise sur le marché exige une autorisation préalable de la Commission européenne.
Comment identifier un insecte comestible dans la nature ?
La règle de base sur le terrain : si vous n’êtes pas certain à 100 %, vous ne mangez pas. Les insectes aux couleurs vives (rouge, jaune, orange vif) sont souvent toxiques ou aposématiques. Les larves blanches grasses trouvées dans le bois mort ou la terre sont généralement comestibles après cuisson. Les grillons et sauterelles reconnaissables à leur morphologie caractéristique (pattes postérieures en saut très développées) sont sûrs une fois cuits. Emportez un guide d’identification des insectes d’Europe. La cuisson est obligatoire — jamais de consommation à cru en survie sans identification préalable certaine.
Quelle est la valeur nutritionnelle des insectes comestibles ?
Les insectes sont d’excellentes sources de protéines complètes. Les grillons contiennent environ 60 à 70 g de protéines pour 100 g de matière sèche, soit deux à trois fois plus que le bœuf à poids équivalent. Ils apportent du fer, du zinc, du magnésium, du calcium, des acides gras oméga-6 et des vitamines B. Selon la FAO, les insectes représentent une source alimentaire hautement efficiente : leur élevage consomme 10 à 20 fois moins de terre et d’eau que l’élevage bovin à rendement protéique équivalent.
Comment préparer et cuire des insectes trouvés dans la nature ?
Première étape : purgez les insectes vivants 12 à 24 heures dans un contenant propre avec un peu d’herbe fraîche, pour vider leur tube digestif. Deuxième étape : plongez-les dans de l’eau bouillante quelques secondes, ou grillez-les directement sur une pierre chauffée à blanc sur la braise. La cuisson détruit les bactéries et parasites potentiels. En situation de survie sans récipient, embrochez les gros insectes sur une brindille de bois vert et grillez jusqu’à coloration dorée uniforme. Retirez ailes, pattes et dards avant consommation.
Les personnes allergiques aux crustacés peuvent-elles manger des insectes ?
Non, ou avec une grande prudence. Les insectes et les crustacés appartiennent tous deux aux arthropodes et partagent des protéines allergènes (tropomyosine, chitine). L’EFSA confirme qu’une réaction allergique croisée est possible chez les personnes sensibles aux crustacés, mollusques et acariens. La réglementation européenne (Règlement UE 1169/2011) impose l’étiquetage obligatoire de cette information sur tous les produits commerciaux contenant des insectes. En survie, une personne allergique aux crevettes ou aux crabes doit éviter de consommer des insectes.
Quelle quantité d’insectes faut-il manger pour couvrir ses besoins protéiques en survie ?
En contexte de survie à court terme, une poignée d’insectes cuits — environ 50 à 80 g — représente un apport protéique significatif. Cent grammes de grillons cuits couvrent plus de la moitié des besoins journaliers en protéines d’un adulte de 70 kg (30 à 40 g de protéines). Sur le plan calorique, les vers de farine contiennent environ 200 à 250 kcal pour 100 g de matière fraîche. En situation d’urgence, combiner insectes et végétaux sauvages identifiés (orties, pissenlits, baies connues) permet de couvrir un spectre nutritionnel plus large et de mieux tenir sur la durée.









