Comment faire de l’amadou naturel : la technique complète pour allumer un feu sans briquet

La première fois que j’ai réussi à allumer un feu avec de l’amadou naturel, j’étais dans le Massif des Vosges, par une matinée froide et brumeuse. Pas de briquet, pas d’allumettes — juste un morceau d’amadouvier que j’avais récolté deux semaines plus tôt et traité dans la cuisine, un silex trouvé dans le lit d’un ruisseau et une plaque d’acier. L’étincelle a mordu dans le duvet fibreux. Une braise orange, presque silencieuse, a commencé à ramper lentement à travers le champignon. J’ai posé cette braise dans un nid d’écorce de tilleul effilochée, j’ai soufflé doucement, et le feu est venu.

Je raconte ça non pas pour romaniser la chose, mais parce que c’est exactement là que se situe la valeur réelle de l’amadou : ce n’est pas un gadget de bushcraft à collectionner. C’est une compétence autonome, gratuite, reproductible, qui fonctionne quand tout le reste échoue. Comprendre comment en faire depuis le début — identifier le bon champignon, extraire la bonne partie, la préparer correctement — c’est ce que cet article couvre en détail.

L’amadou naturel désigne la substance fibreuse extraite de certains polypores lignivores, principalement l’amadouvier (Fomes fomentarius). Une fois séchée et éventuellement traitée, cette matière prend une étincelle avec une facilité qui défie toute attente. Les chercheurs ont d’ailleurs retrouvé de l’amadou dans l’équipement d’Ötzi, l’homme des glaces découvert dans les Alpes — preuve que nos ancêtres maîtrisaient cette technique bien avant l’invention du briquet à gaz. Voici tout ce qu’il faut savoir.

Amadouvier Fomes fomentarius sur tronc de hêtre en forêt — champignon allume-feu
L’amadouvier pousse en console sur les troncs de feuillus, principalement le hêtre.

L’amadouvier : portrait du champignon allume-feu

Avant de parler de préparation, il faut savoir reconnaître le bon champignon. L’amadouvier (Fomes fomentarius) appartient à la famille des Polyporaceae — c’est un basidiomycète lignicole, autrement dit un champignon qui vit et se nourrit de bois. Il pousse sans pied, directement sur l’écorce des arbres, en formant une console ou un sabot de cheval qui peut atteindre 50 cm de diamètre pour les plus vieux spécimens.

Sa face supérieure est caractéristique : une succession de bourrelets concentriques qui enregistrent chaque nouvelle saison de croissance, comme les anneaux d’un tronc. La couleur évolue du brun foncé près du bois vers le gris cendré ou blanchâtre sur les parties récentes. La face inférieure est beige pâle, couverte d’une multitude de pores microscopiques — c’est la face fertile du champignon. La chair, en coupe, révèle plusieurs couches distinctes : une croûte ligneuse épaisse sur le dessus, une zone fibreuse brun-fauve au centre, et les tubes sporaux en dessous. C’est cette couche fibreuse centrale qui nous intéresse.

On trouve l’amadouvier toute l’année, sur les hêtres principalement, mais aussi sur les peupliers, les frênes, les bouleaux et plus rarement les platanes. Les résineux restent une exception. Il s’installe préférentiellement sur des arbres blessés ou affaiblis, auxquels il finit par causer une pourriture blanche, dégradant à la fois la lignine et la cellulose. L’arbre colonisé est généralement condamné à terme.

Les confusions possibles à éviter

Deux espèces méritent attention. Le polypore marginé (Fomitopsis pinicola) partage la même silhouette en console, mais se distingue par une bordure nettement rouge-orangé sur son pourtour et une préférence marquée pour les résineux. Sa chair, jaunâtre et beaucoup plus dure, ne produit pas un amadou de qualité comparable. Le polypore faux-amadouvier (Phellinus igniarius) est plus sombre, presque noir en surface, craquelé — là encore, la texture superficielle suffit à faire la différence. L’amadouvier vrai présente une surface lisse striée, jamais vraiment noire ni craquelée à l’âge adulte. Les exemplaires frais dégagent parfois une légère odeur de banane ou de pomme, un indice olfactif supplémentaire.

Récolter l’amadouvier : ce qu’il faut savoir avant de couper

Récolte d'amadouvier en forêt pour préparation de l'amadou naturel bushcraft
La récolte d’amadouvier est permise à usage personnel dans les forêts domaniales françaises.

L’amadouvier est un champignon pérenne — il pousse sur plusieurs années. Plus le spécimen est massif et épais, plus la couche fibreuse exploitable sera abondante. Un exemplaire jeune de 10 cm de diamètre donnera peu de matière; un vieux sabot de 30 à 40 cm peut fournir de quoi alimenter une saison entière de sorties.

Pour le détacher du tronc, un couteau robuste ou une scie pliante est souvent indispensable. Le champignon tient solidement à son substrat, parfois si bien qu’il faut le découper en laissant un morceau de bois attaché. Une fois récolté, le champignon frais est encore souple et facile à trancher. En séchant, il durcit considérablement et devient très difficile à couper — il faut donc procéder à toutes les découpes nécessaires pendant qu’il est encore frais. Décrochez-le, apportez-le à la maison ou au bivouac, et traitez-le rapidement.

Sur le plan réglementaire, la récolte de champignons est soumise au droit de propriété : en forêt privée, elle est soumise à l’accord du propriétaire. En forêt domaniale, les ramassages à usage personnel sont généralement tolérés dans des volumes raisonnables. Consultez les recommandations de l’Office National des Forêts (onf.fr) pour connaître les règles en vigueur sur votre territoire.

Extraire l’amadou : la couche qui fait la différence

Beaucoup de débutants commettent l’erreur de tenter d’utiliser le champignon entier, ou de prendre la partie du dessous. L’amadou utilisable se situe précisément dans la zone fibreuse médiane, ni la croûte ligneuse du dessus — trop dure et ignifuge — ni les tubes sporaux du dessous — trop fragiles et insuffisamment combustibles.

Voici comment procéder concrètement. Placez le champignon à l’horizontal et tranchez-le en deux avec un couteau à lame fixe robuste. La coupe révèle immédiatement les différentes couches : la croûte sombre et dure sur le dessus, la zone fibreuse brun cannelle au centre, et les tubes blanchâtres à beige en dessous. C’est la zone centrale qui se présente avec une texture rappelant du suède ou du feutre — souple si le champignon est frais, résistante dès qu’il a commencé à sécher.

Découpez cette couche en bandes de 5 à 10 cm de long et 1 à 2 cm d’épaisseur. Ces bandes constituent votre matière première brute. À ce stade, elles contiennent encore de l’humidité et ne s’enflammeront pas bien. Le séchage est l’étape incontournable.

Le séchage : l’étape que tout le monde bâcle

L’amadou humide ne prend pas d’étincelle — ou très mal. La dessiccation complète est le prérequis absolu à toute performance digne de ce nom. Idéalement, étalez vos bandes dans un endroit sec, aéré, à l’abri de l’humidité, pendant plusieurs jours à plusieurs semaines selon l’épaisseur des pièces et les conditions ambiantes. Une pièce chauffée l’hiver, un grenier en été, conviennent parfaitement.

On peut accélérer le processus en passant les bandes au four à très basse température (50-60°C maximum) pendant quelques heures, porte légèrement entrouverte. Attention : au-delà de cette température, vous risquez d’initier une pré-carbonisation non contrôlée qui fragilise inutilement la pièce. Le test de séchage est simple : une bande correctement sèche est nettement plus légère qu’à la récolte, rigide, et produit un son sec quand on la casse. Une bande encore humide reste souple et cède sans bruit net.

Conservez votre amadou sec dans une boîte hermétique ou un sac étanche pour le protéger de l’humidité ambiante. Un amadou bien conservé reste utilisable indéfiniment.

Utiliser l’amadou brut : la méthode directe

L’amadou simplement séché, sans aucun autre traitement, suffit dans la plupart des situations de terrain modernes dès lors qu’on utilise un firesteel (baguette de ferrocérium). La technique est directe : grattez légèrement la surface de votre bande d’amadou avec la lame d’un couteau ou simplement l’ongle pour créer un léger duvet fin. Ce duvet constitue la surface réceptrice d’étincelle.

Tenez la baguette de ferrocérium à 2-3 cm au-dessus de cette surface duveteuse. Frappez l’étincelle vers le bas, en maintenant le firesteel immobile et en tirant le grattoir vers vous — geste moins instinctif mais beaucoup plus précis que le geste inverse. L’amadou va créer une braise orangée, sans flamme, qui se consume lentement et progresse dans la fibre. Cette braise est votre point de départ.

Placez immédiatement le morceau embrasé dans un nid de fibres végétales très fines : écorce de tilleul effilochée au maximum, herbes sèches, duvet de massette, copeaux d’écorce de bouleau broyés. Refermez doucement le nid autour de la braise, puis soufflez lentement et régulièrement à travers le nid. La braise gagne en taille et en chaleur jusqu’à embraser les fibres du nid. Versez délicatement le nid enflammé à la base de votre bûcher préparé au préalable.

« L’amadou est un matériau spongieux constituant la partie supérieure de la chair de certains champignons, sorte de feutre naturel utilisé séché depuis la Préhistoire, principalement pour allumer le feu. » — Wikipédia, article Amadou (matière)

Le traitement à la cendre : la méthode médiévale

Pour ceux qui travaillent avec un briquet à percussion classique (silex contre acier), l’amadou brut reste souvent insuffisant — les étincelles produites sont plus rares et moins chaudes que celles d’un firesteel moderne. Les traditions européennes ont développé depuis au moins le XIVe siècle une méthode de traitement par lessive de cendre qui transforme radicalement les performances du matériau.

La recette est simple. Dans un récipient (une casserole, un seau), alternez couches de cendre de bois tamisée et couches de bandes d’amadou. Couvrez généreusement d’eau. Laissez tremper de cinq à sept jours à température ambiante. La lessive de cendre est naturellement alcaline — elle modifie la structure des fibres de l’amadou, les ouvre et les rend plus réactives aux étincelles. Au terme du trempage, rincez soigneusement les bandes à l’eau claire pour éliminer les résidus de cendre. Battez délicatement chaque bande au maillet sur une surface plane pour assouplir et ouvrir la fibre. Laissez sécher complètement avant utilisation.

L’amadou traité à la cendre est nettement plus souple, plus homogène, et prend l’étincelle d’un simple briquet à percussion sans difficulté. C’est la méthode recommandée si vous souhaitez un amadou polyvalent fonctionnant avec plusieurs types de dispositifs de mise à feu.

La carbonisation : l’amadou poussé à son maximum

 Braise d'amadou incandescente dans nid de fibres pour allumer un feu de survie
L’amadou ne produit pas de flamme mais une braise stable qui embrase ensuite le nid de fibres

La carbonisation partielle à l’étouffée est la méthode qui donne les résultats les plus spectaculaires. Son principe est identique à celui du coton carbonisé : en chauffant la matière organique à l’abri de l’oxygène, on élimine les composés volatils et on concentre le carbone, rendant la matière extrêmement sensible à la chaleur.

Découpez vos bandes d’amadou sec en morceaux de 3 à 5 cm. Placez-les dans une boîte métallique hermétique — une boîte de conserve recyclée avec son couvercle, un poinçon, et un minuscule trou d’évacuation de 2 mm de diamètre dans le couvercle. Posez la boîte fermée sur une source de chaleur : des braises de feu de camp, un réchaud à gaz à faible puissance, voire une cuisinière. Après quelques minutes, de la fumée blanche puis grise commence à sortir du trou — c’est normal, c’est la pyrolyse de la matière organique. Maintenez la chauffe jusqu’à ce que la fumée cesse complètement. Retirez la boîte du feu et laissez-la refroidir entièrement sans l’ouvrir — ouvrir à chaud provoquerait une combustion vive de l’amadou carbonisé au contact de l’oxygène.

L’amadou carbonisé obtenu est noir, léger, d’une fragilité caractéristique. Sa sensibilité aux étincelles est maximale : la moindre étincelle d’un briquet à silex fatigué, voire celle d’un simple grattoir sur de l’acier rugueux, suffit à l’embraser. C’est de loin l’amadou le plus performant pour un usage avec percuteur traditionnel.

Transporter le feu avec l’amadouvier

L’amadouvier offre une seconde application, souvent méconnue des débutants : le transport de braise. Si vous avez déjà du feu et souhaitez le déplacer ou le conserver pendant un trajet, posez simplement une braise vive directement sur le champignon entier, sans aucune préparation préalable. La braise va mordre dans la chair du champignon et se consumer lentement, progressant vers l’intérieur plutôt que de s’étendre en surface. Un morceau d’amadouvier peut ainsi porter une braise vivante pendant plusieurs heures, protégée de l’humidité et du vent.

C’est d’ailleurs l’usage premier que lui faisaient les chasseurs-cueilleurs préhistoriques — non pas tant pour allumer le feu ex nihilo, mais pour transporter une braise de camp en camp sur de longues distances. La gestion du feu précédait, dans leur économie de survie, sa production depuis zéro.

Les autres champignons utilisables comme allume-feux naturels

L’amadouvier n’est pas le seul champignon lignicole à produire un amadou utilisable. La liste des allume-feux naturels disponibles en forêt française est plus longue qu’on ne le pense.

Le polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), reconnaissable à son aspect blanc crème et sa croissance exclusive sur les bouleaux, produit une chair moins fibreuse mais utilisable en conditions d’urgence. La daldinie concentrique (Daldinia concentrica), ce champignon noir et sphérique qui pousse sur les frênes morts — on le reconnaît à sa surface brillante qui ressemble à de la réglisse — peut porter une braise pendant des heures une fois sec, sans même nécessiter de préparation. Le tramète versicolore (Trametes versicolor), aux couleurs arc-en-ciel caractéristiques, donne également un amadou de qualité acceptable après séchage.

Aucun de ces substituts n’atteint la performance de l’amadouvier bien préparé, mais en situation d’urgence, avoir recours à l’espèce disponible sur place reste toujours une option valable. La logique du terrain prime sur la perfection théorique.

Amadou et réglementation : ce que dit la loi sur les feux en nature

Savoir faire de l’amadou ne signifie pas qu’on peut allumer un feu partout. En France, la législation sur les feux en milieu naturel est stricte. Le Code forestier interdit les feux à moins de 200 mètres des lisières forestières pendant les périodes à risque fixées par arrêté préfectoral. Dans les zones classées à risque d’incendie — principalement le pourtour méditerranéen mais aussi certaines zones atlantiques — l’interdiction peut être permanente ou saisonnière. Consultez toujours la préfecture de votre département ou le site risques.gouv.fr avant d’allumer le moindre feu en plein air.

La règle pratique du bushcrafteur responsable : si vous avez un doute, abstenez-vous. Maîtriser le feu commence par savoir où et quand il est légitime de l’allumer.

Produits recommandés pour compléter votre kit amadou

L’amadou naturel fonctionne mieux associé à une bonne source d’étincelles. Voici ce que j’utilise sur le terrain.

Ours Furtif Firesteel XXL — 12 mm, 20 000 utilisations


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Le diamètre de 12 mm de cette baguette de ferrocérium change vraiment la donne quand on travaille avec de l’amadou naturel. Les étincelles produites sont plus larges et plus chaudes que celles d’un firesteel standard — ce qui se traduit directement par une prise plus fiable sur l’amadou simplement séché, même par temps frais. La baguette est tendre (alliage doux), ce qui facilite le geste. Le kit inclut une corde de jute cirée dans un tube aluminium : un allume-feu de secours solide si votre amadou n’est pas au point.

Ce que ce produit ne fait pas : il ne compense pas un amadou mal séché ou mal extrait. Si votre matière première est encore humide ou si vous avez pris la mauvaise couche du champignon, même la meilleure baguette de ferrocérium du monde ne produira pas de braise. La technique prime sur l’outil.

Ours Furtif Firesteel XL — 10 mm, 15 000 utilisations, kit complet


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Version 10 mm du même fabricant, ce kit est légèrement plus compact et convient parfaitement en complément de kit de survie complet où le poids compte. Le grattoir multifonction (décapsuleur, clé hexagonale, règle) est un vrai plus en situation d’autonomie prolongée. La corde de jute cirée fournie peut faire office d’amadou de substitution si le terrain ne vous offre pas d’amadouvier utilisable — même humide, elle prend mieux l’étincelle que du bois brut.

La limite honnête de ce kit : la bague en bois du manche, bien que confortable en main, peut gonfler légèrement après une immersion prolongée. Il vaut mieux le protéger dans un sac étanche dans votre kit de survie si vous opérez dans un environnement très humide ou si vous traversez des cours d’eau régulièrement.

Light My Fire Swedish FireSteel 2.0 — L’allume-feu de référence suédois


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Développé à l’origine pour l’armée suédoise, ce firesteel reste une référence en termes de fiabilité pure. Sa tige en alliage de magnésium produit des étincelles à 3 000 °C — suffisant pour embraser l’amadou naturel séché dans n’importe quelle condition météorologique. Le sifflet intégré dans la poignée est un bonus de sécurité non négligeable lors de sorties en terrain isolé. C’est aussi l’un des rares firesteels fabriqués en Suède, avec un contrôle qualité qui se sent dans la régularité des étincelles produites d’un bout à l’autre de la baguette.

Nuance importante : la tige est ici plus petite que les versions XXL des concurrents. Les étincelles sont précises mais moins généreuses en volume. Avec de l’amadou bien traité (carbonisé ou lessive de cendre), la différence ne se ressent pas. Avec de l’amadou simplement séché et de qualité moyenne, il faudra parfois insister davantage que sur une tige de 12 mm.

Tableau comparatif : amadou naturel selon méthode de préparation

Méthode Durée de préparation Compatibilité allume-feu Sensibilité étincelle Difficulté
Séchage simple 5 à 14 jours Firesteel uniquement Moyenne Très facile
Lessive de cendre 5 à 7 jours + séchage Firesteel + briquet percussion Bonne Facile
Traitement au salpêtre 1 à 2 heures + séchage Firesteel + briquet à battre Très bonne Intermédiaire
Carbonisation à l’étouffée 30 à 45 min + refroidissement Tous types, y compris silex/acier Maximale Intermédiaire
Amadou brut (champignon entier) Nul (utilisation directe) Transport de braise uniquement Faible (ne prend pas l’étincelle) Facile

Analyse et conclusion : ce que les guides d’amadou ne vous disent pas

Il y a un mythe tenace dans la communauté bushcraft autour de l’amadou naturel : celui d’une technique infaillible, que tout le monde peut maîtriser en quelques minutes avec n’importe quel amadouvier trouvé en forêt. La réalité de terrain est plus nuancée. L’amadou naturel simplement séché est moins fiable que du coton carbonisé. Il est moins reproductible que du jute ciré. Dans des conditions d’humidité ambiante élevée, même un amadou bien préparé peut absorber suffisamment d’humidité en quelques heures pour devenir inutilisable. Ce n’est pas une raison de le rejeter — c’est une raison de le comprendre correctement.

L’amadou naturel brille dans deux contextes précis : la pratique du feu primitif, où vous cherchez à reproduire des techniques ancestrales pour leur valeur intrinsèque de compétence, et les situations où vous n’avez rien d’autre disponible et où le terrain vous offre un amadouvier en bon état. Pour le reste — la randonnée quotidienne, le camping, le bivouac — un allume-feu de kit de survie moderne (coton carbonisé, bois de pin résineux, jute ciré) est objectivement plus fiable et moins capricieux. Intégrer l’amadou naturel à votre pratique, c’est enrichir une compétence; en faire votre unique recours, c’est prendre des risques inutiles.

La recommandation concrète que je fais à tout passionné de plein air : préparez de l’amadou à la maison, dans de bonnes conditions, avant de sortir. Testez-le chez vous jusqu’à ce que vous ayez une prise régulière. Puis prenez-le sur le terrain comme complément d’un allume-feu moderne, pas comme remplacement. C’est aussi ce qu’implique la logique de précaution recommandée pour toute activité en milieu naturel — avoir des redondances dans son système de mise à feu.

L’ONF rappelle que la préparation et la connaissance du terrain sont les deux piliers de la sécurité en forêt. Bien préparer son amadou avant de partir, c’est exactement cette démarche. Si le sujet du feu en situation isolée vous passionne, nos guides sur les allume-feux de survie, sur les couvertures de survie et sur les couteaux de survie adaptés au bushcraft complètent naturellement ce sujet.

Questions fréquentes sur l’amadou naturel

Qu’est-ce que l’amadou naturel ?

L’amadou est une matière fibreuse et spongieuse extraite de la chair interne de certains champignons lignicoles, principalement l’amadouvier (Fomes fomentarius). Une fois séchée, cette substance prend une étincelle avec une facilité remarquable et se consume lentement en braise, sans flamme. C’est l’un des allume-feux naturels les plus efficaces connus depuis la préhistoire — un morceau en a été retrouvé sur Ötzi, l’homme des glaces découvert dans les Alpes. L’amadou ne doit pas être confondu avec le champignon lui-même : c’est uniquement la couche fibreuse intermédiaire entre la croûte dure et les tubes poreux internes qui constitue l’amadou utilisable.

Comment reconnaître l’amadouvier en forêt ?

L’amadouvier (Fomes fomentarius) pousse en console sur les troncs, sans pied, avec une silhouette caractéristique en sabot de cheval. Son chapeau, de 10 à 50 cm de diamètre, présente une face supérieure striée de bourrelets concentriques allant du gris cendré au brun foncé selon l’âge. La face inférieure est beige-ocre, couverte de pores microscopiques. On le trouve principalement sur les hêtres, vivants ou morts, mais aussi sur les peupliers, les frênes et les platanes. Attention à la confusion avec le polypore marginé (Fomitopsis pinicola), qui se distingue par sa bordure rouge-orangé distincte et son affinité pour les résineux. L’amadouvier frais dégage une légère odeur de banane ou de pomme.

Comment extraire l’amadou d’un amadouvier ?

Une fois le champignon décroché de son arbre, tranchez-le horizontalement avec un couteau robuste. La partie utile est la couche de chair fibreuse brun-fauve située entre la croûte ligneuse du dessus et les tubes poreux du dessous. Cette couche ressemble à du feutre ou du cuir épais. Séparez-la en bandes à l’aide d’un couteau, en laissant de côté la croûte dure et la couche de tubes. Ces bandes doivent ensuite sécher plusieurs jours à l’abri de l’humidité avant d’être utilisables. Plus l’amadouvier est âgé et massif, plus la couche fibreuse est épaisse et donc exploitable.

Faut-il traiter l’amadou avant de l’utiliser ?

L’amadou bien sec fonctionne directement sans traitement avec un firesteel ou une pierre à feu, notamment si vous grattez légèrement sa surface pour créer un duvet fin. Pour des performances maximales — particulièrement avec un briquet à percussion classique silex/acier — un traitement améliore significativement la prise d’étincelle. Trois méthodes existent : le séchage simple (suffisant pour la plupart des usages), le trempage dans une lessive de cendre de bois (méthode médiévale attestée dès le XIVe siècle dans le Mesnagier de Paris), et la carbonisation à l’étouffée dans une boîte métallique hermétique. Cette dernière donne l’amadou le plus sensible aux étincelles.

Comment faire de l’amadou carbonisé ?

La carbonisation est la méthode qui rend l’amadou le plus sensible aux étincelles. Découpez vos bandes en morceaux de quelques centimètres, placez-les dans une boîte métallique hermétique percée d’un minuscule trou d’évacuation. Posez la boîte sur des braises ou un réchaud. Quand la fumée qui sort du trou s’arrête, retirez la boîte et laissez refroidir sans ouvrir. L’amadou obtenu est noir, léger, d’une sensibilité extrême : la moindre étincelle suffit à l’embraser. C’est la méthode idéale pour ceux qui pratiquent le feu à la percussion avec silex et acier.

Quelle est la méthode de la lessive de cendre pour l’amadou ?

C’est la recette la plus ancienne connue en Europe. Découpez l’amadou en tranches de 5 mm environ. Dans un récipient, alternez couches de cendre de bois et couches d’amadou, puis couvrez d’eau. Laissez tremper environ une semaine. La lessive de cendre, alcaline, transforme les fibres et les rend plus réactives aux étincelles. Rincez ensuite les tranches à l’eau claire, battez-les délicatement au maillet pour ouvrir la fibre, puis laissez sécher complètement. Le résultat est un amadou souple et nettement plus réactif que le simple amadou séché, compatible avec un briquet à percussion classique.

Comment utiliser l’amadou pour allumer un feu ?

Grattez légèrement la surface de votre amadou pour créer un duvet fin. Tenez le morceau à proximité de la baguette de ferrocérium et frappez des étincelles directement dessus. L’amadou ne prend pas de flamme : il crée une braise qui se consume lentement. Placez cette braise dans un nid de fibres sèches très fines (écorce de tilleul effilochée, herbes sèches, duvet végétal), refermez le nid autour de la braise et soufflez doucement et régulièrement. La braise gagne en intensité jusqu’à embraser le nid. Versez ensuite le nid enflammé à la base de votre bûcher. Avec un peu de pratique, l’opération prend moins d’une minute.

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